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PULSIONS MEURTRIERES
Roman de Jean Pierre Burner
Long Métrage


Une petite île au coeur de la mer des Caraïbes… La Martinique.
C’est là que j’avais vu le jour, mes parents m’ayant donné comme prénom Maurice.

Je venais de fêter mes douze ans, j’habitais avec ma mère Prudence et ma grand-mère Mathilde sur la commune du
François dans un coin très retiré, d’accès très difficile en voiture et qui s’appelait le Morne Pitault.

L’endroit surplombait la commune du Lamentin qui se trouvait à quelques kilomètres de là, nous étions au beau milieu
d’une végétation très dense qui rappelait la forêt amazonienne.

Autour de la maison, il y avait toute une végétation ancienne : un arbre à pain, des manguiers ; un peu plus loin, des
cocotiers et des bananiers que mon grand-père, aujourd’hui disparu, avait planté dans sa jeunesse.

Ma mère travaillait comme femme de ménage pour un gros agriculteur des environs, ce qui lui permettait de
s’approvisionner en légumes et d’ainsi améliorer le quotidien.

Quant à ma grand-mère, elle ne travaillait plus, et d’après ce qu’elle m’avait dit, elle n’avait jamais travaillé.
Depuis toute petite, elle avait reçu en héritage un don qui lui permettait de prédire l’avenir à tous ceux qui lui en faisaient
la demande, mis à part les enfants.
Elle n’avait jamais voulu m’en dire plus à ce sujet, sauf une fois, où elle me fit cette révélation qui me laissa perplexe malgré
mon jeune âge : « Un jour, tu feras un grand voyage et tu rencontreras une femme qui te donnera deux beaux enfants. »

J’étais très proche de ma grand-mère et passais beaucoup de temps en sa compagnie, dès qu’elle avait un moment de
libre entre ses consultations. Elle s’était aménagé un petit coin dans la maison pour prier et méditer et aussi préparer
divers mélanges d’herbes et autres substances.
C’était là aussi qu’elle évoquait les esprits, protection pour la famille et pour ses clients, ces hommes et ces femmes
qui défilaient presque toute la journée chez elle.

Certains avaient des commerces, d’autres étaient des politiciens qui avaient des vues sur des mairies, d’autres voyaient
un peu plus loin et étaient épaulés par les grands partis politiques du moment.
Souvent, le matin, elle partait de bonne heure dans les bois pour ramasser des herbes et des feuillages. Il m’arrivait de
temps en temps de l’accompagner quand je n’avais pas école, on rentrait vers midi, à l’heure où le soleil était à son zénith,
elle n’avait pas besoin de montre, habituée à la nature, elle pouvait dire l’heure à quelques minutes près.